Les Jeteurs d'Encre : site relatant les pérégrinations quotidiennes de 14 fabuleuses aventurières aux quatre (et même plus) coins du monde.

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    par Aurore, Bolivie, Amérique

    Bolivie le retour

    Ça fait deux mois que je suis en Bolivie et j’avais promis de faire plusieurs articles mais j’avais la flemme. Et pourtant ce ne sont pas les idées qui manquent.

     Je résume : en gros, je suis à Sucre dans une famille super sympa qui est en fait la famille d’un de mes camarades à l’IHEAL, Adrian.

     

    Premièrement : Europa no existe.

     Je descends de l’avion qui m’amène à Santa Cruz et j’affronte (et le mot n’est pas fort) la migration, bref la douane. Il y a plusieurs files : nationaux, Amérique latine et Asie/Amérique/Océanie. Comme je venais du Brésil, la majorité des passagers étaient sud-américains. Je vois la file Asie/Amérique/Océanie vide. Je me dis « Oh trop cool je vais passer vite » ! Je m’y faufile et là un policier me dit « Non, non, il n’y a qu’une file ! » « Mais monsieur je suis Française ici c’est ma file ». je sors d’un voyage de quasi 20h donc il ne fallait pas m’énerver. Et on commence à se renvoyer la balle et je finis par céder en me disant que si je continue je vais avoir des problèmes. Bref je vais dans l’immense file Amérique latine et là je vois file « Asie/Amérique/Océanie », MAIS OÙ EST DONC L’EUROPE !! Autant dire qu’on n’existe pas.

    Deuxièment : 13 à la douzaine

    Je finis par arriver à l’aéroport de Sucre (qui a été déplacé depuis l’année dernière et qui est à environ 40 min de voiture). Sergio, le père d’Adrian vient me chercher car Agustin, le frère jumeau d’Adrian a eu un empêchement concernant son travail. On monte dans la voiture, un 4X4, ce qui démontre leur classe sociale : aisée. Et cela se confirme en arrivant à la maison, une grande maison en plein centre de la ville. Je rencontre Mercedes la mère, une maitresse et directrice d’école spécialisée à la retraite. Pendant le trajet j’ai appris que Sergio était psychiatre, il a exercé de nombreuses années à l’hôpital psychiatrique de Sucre et se concentre désormais sur les cours à la faculté de droit, de médecine et de psychologie et il reçoit des patients à la maison.

    Tout d’un coup, Mercedes m’explique sa famille : ils ont SIX ENFANTS ET ONZE PETITS ENFANTS !!! Ca me change des 3 personnes à la maison en France. Les enfants de 44 ans à 35 ans et les petits enfants de 19 à 3 ans.

    Au déjeuner, tous les jours de la semaine on est entre 6 et 8. J’ai jamais fait à manger pour huit moi ! Enfin au début ça m’a fait vraiment bizarre et maintenant je suis habituée.

    Ah oui, et si je tombe malade (ce qui n’est toujours pas le cas, je croise les doigts) il y a 4 médecins + un étudiant en médecine pour me soigner : un psychiatre, un chirurgien, un anesthésiste et un dentiste.

    Troisièment : la cuisine !

    Comme je l’ai dit : faire à manger pour 8 voire 11 c’est assez complexe. Mais il y a plein de choses qui le sont tout autant, comme faire une mayonnaise. J’ai ramené de France de la moutarde, dans le seul but de faire des mayonnaises maisons. Je demande à Mercedes si elle sait la faire : elle me répond à la négative. Je suis assez surprise car elle cuisine tous les jours pour un régiment, et la mayonnaise c’est pas si compliquée à faire. En somme je finis par lui montrer.

    Plus tard je me dis que je vais faire une mousse au chocolat pour le dessert. Il faut pas leur dire deux fois ! Je laisse la recette, qu’on a même répété une fois avec Nicolas, un des petits fils. Son père Sergio (vous allez comprendre qu’il y a 4 Sergio dans la famille, 1 grand père, 1 fils et 2 petits fils. Et puis une famille où il y a un père et un fils Sergio et une mère et une fille Patricia, bref), me dit que c’est la première fois que son fils est si enthousiaste pour faire quelque chose, et surtout cuisiner.

    Le problème de la mousse c’est qu’il faut la laisser reposer 4h minimum au réfrigérateur. Je vais me reposer en attendant, en me disant que Nico viendra la manger le lendemain. Je me réveille et Mercedes me dit « Nico est parti avec la mousse ». QUOI ! Moi qui pensais en manger un peu …

     Quatrièmement : S’il devait n’en rester qu’un

     Se serait celui là. Hier, on était le 24 mai. Le 25 mai (aujourd’hui), on fête à Chuquisaca (le département de Sucre) le premier cri de la liberté en Amérique latine. En gros, à Sucre le 25 mai 1809 a eu lieu le premier soulèvement contre les Espagnols. c’est donc un jour férié au niveau départemental et il y a de nombreuses cérémonies, défilés…

     

    Mais le 24 aussi est un jour spécial. Les élèves et les professeurs défilent sous les couleurs et le drapeau de leur école. Mon mémoire m’a mené à réaliser une enquête dans deux écoles : une de primaire (avec les dernières années) et une de secondaire (avec les premières années). Je quitte donc la maison vers 8h30 à la recherche de l’école primaire qui porte le numéro 23 pour défiler. Je tombe sur les élèves et les professeurs in extremis. Le parcours n’est en soit pas long (descendre une grande rue, faire la moitié du tour de la place et aller jusque la place de la police),mais il y a tellement d’écoles et d’élèves que je quitte le cortège vers 10h40. Les professeurs dirigent les élèves très apprêtés et fiers d’eux. Sonia une des profs m’expliquent qu’ils défilent en partie parce que cette semaine c’est le 68e anniversaire de l’école. Le défilé se fait par ordre d’année de création des écoles, puis d’abord les maternelles, suivent les primaires, les secondaires et les écoles privées. Je dis, « je quitte le cortège », parce que j’ai défilé avec les professeurs de l’école primaire. Et je me sentais bien ridicule et honteuse avec mes baskets (parce que je savais que j’allais beaucoup marcher) et mon manteau, tandis que tous les professeurs étaient en tailleur et costume. Mais ça a donné une autre ampleur à ma vision : il y avait des centaines de personnes sur la place, fiers de leurs enfants et fiers des professeurs. Certains ont même applaudi. Et puis voir les petits primaires dans leur costume, maquillés, parfois en costume traditionnel de Chuquisaca, avec leur orchestre et leur drapeau c’est assez indescriptible. J’étais tellement fière d’eux, alors que je ne suis pas leur professeure. J’avais l’impression d’être le 14 juillet sur les Champs Elysées.

    Je rentre chez moi, je change de chaussures et rejoins le plus rapidement possible la rue d’où part le défilé. Sur le chemin quelqu’un crie « Aurora ! », je m’arrête. C’était une élève de l’école secondaire, ouf, je ne les ai pas raté. Elles (c’est une école de fille presque uniquement) sont toutes belles dans leur costume bleu blanc rouge, enfin plutôt blanc rouge et bleu. Elles doivent attendre des camarades en retard (comme d’habitude), puis attendre que les autres écoles aient défilé. Au moins une grosse trentaine de minutes. Je ne défile pas avec elles mais fait le tour de la place avant de les rejoindre à l’école pour une photo.

    Cet événement m’a vraiment marqué par son caractère solennel mais festif et surtout la fierté que les Sucrenses portent à leur ville, leurs enfants et leurs écoles.